Rust : l’expérience sociale

Dans la théorie de la justice, John Rawls présente le principe du voile d’ignorance afin de construire une société plus équitable. Mon ancien professeur de philosophie politique devenu ministre, François Blais, m’en voudrait de vous résumer ce principe en une phrase, mais je me lance. C’est un principe philosophique qui veut que seuls des individus ne connaissant aucune caractéristique à propos d’eux-mêmes (race, religion, sexe, genre, apparence, âge, etc.) pourraient construire une société réellement équitable puisque, ne connaissant pas leur statut, ils ne mettraient pas en place des pratiques et lois qui les rendraient potentiellement victimes d’injustices. En très résumé disons. Lorsque les gens se sont mis à envoyer des messages de haine aux créateurs de Rust via Twitter, ça m’a fait penser à ce concept.

La survie en communauté

Rust est un jeu d’aventure et de survie multijoueur. Le jeu débute quand le joueur apparaît nu, seul sur une île. Il doit se débrouiller pour survivre malgré les attaques d’animaux sauvages et celles d’autres joueurs. Il doit également se méfier de menaces naturelles telles que la famine, la déshydratation et l’hypothermie. Il peut cheminer tout au long du jeu en formant des alliances ou en trahissant ceux qu’il croise. Dans la première version du jeu, on attribuait aux joueurs un personnage d’homme blanc.

Alors que plusieurs jeux contiennent des outils de personnalisation, les créateurs de Rust tenaient à ce que l’apparence des personnages reste la même tout au long du jeu. Le jeu est basé sur la confiance et la méfiance entre les joueurs. Il est donc primordial que l’apparence du personnage soit fixée dans le temps et qu’il soit reconnaissable. L’équipe de création a donc décidé, dans une mise-à-jour, d’attribuer aléatoirement une apparence fixe aux personnages. La moitié d’entre eux seraient des femmes et certains seraient afro-américain(e)s.

Sexisme et racisme

Bien que certains ont eu des réactions neutres ou même positives face à cette diversité, d’autres ont eu des réactions plus extrêmes. Vous vous en doutez, ce ne sont pas des femmes qui se sont plaintes de cet aspect. On peut compter sur les doigts de la main les jeux à gros budget où il est seulement possible de jouer un personnage féminin. Par contre, l’inverse n’est pas vrai.

Ce sont, sans grande surprise, des hommes blancs qui ont été outrés de ce concept. Il se sentaient désavantagés dans le jeu alors que la race et le genre ne change absolument rien dans les capacités et habiletés des personnages. Ce n’est peut-être pas une lubie de leur esprit. Il est possible que les autres joueurs interagissent différemment avec eux à cause du genre et de l’ethnicité de leur personnage. Si c’est le cas, ça vient seulement appuyer le stéréotype du gamer raciste et sexiste. Le problème de société reste entier. De leurs propres aveux, les créateurs du jeu ne s’attendaient pas à pareille controverse et à recevoir autant de messages haineux. Ils n’ont par contre pas exprimé l’intention d’apporter quelconque modification afin de satisfaire leurs détracteurs. Le but de Rust au départ était de créer une expérience sociale. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ont gagné leur pari.

P.S. Malgré tout, les ventes du jeux ont augmentées significativement suite à la controverse. Yé!

 

Laurence R. Fortin

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